Le destin exceptionnel du Professeur Alpha Condé

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Le professeur Alpha Condé est Président de la République de Guinée depuis décembre 2010.

Il est né le 4 mars 1938 à Boké, chef-lieu de préfecture, en Guinée Maritime, au Nord-Ouest du pays. Après une scolarité en primaire puis au Collège à Conakry, Alpha Condé, encouragé par ses parents, poursuit ses études secondaires en France, d’abord dans la ville de Toulouse, puis en Normandie, à Louviers. Le maire de la ville, Pierre Mendès France (qui fut député, ministre et chef du gouvernement français), devient son tuteur. Alpha Condé passe son baccalauréat à Paris, au Lycée Turgot, où il se lie d’amitié avec Bernard Kouchner, futur ministre français des affaires étrangères. Étudiant à la Sorbonne, il y obtient une licence en sociologie, puis entre à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Il termine ensuite des études de droit et devient docteur d’État en droit public.

Le parcours d’un militant

Parallèlement à ses études, il milite au sein du Syndicat de l’Enseignement Supérieur (SNESUP) et cumule des fonctions de responsable au sein de l’Association des Étudiants Guinéens en France (AEGF) et de responsable au sein de la Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), creuset de la future élite africaine post indépendance où il est, de 1967 à 1975, le coordinateur de la direction des groupes nationaux africains (GN). Élu président de la FEANF en 1963, il y développe son leadership et son influence parmi les cadres africains venus de toute l’Afrique francophone. La plupart de ses pairs de la FEANF endossent d’importantes responsabilités une fois de retour dans leurs pays respectifs et restent des alliés importants au sein du réseau africain d’Alpha Condé.

Le professeur Alpha Condé démarre alors une première carrière en tant qu’enseignant, à la faculté de Droit et Sciences économiques (Paris I, Panthéon Sorbonne) puis à l’École supérieure des P.T.T. (Postes, Téléphone, Télécommunications).

Il interrompt sa carrière dans l’enseignement en 1977 pour intégrer la société de négoce international « Sucres et Denrées » en tant que Responsable Afrique. Son rôle est déterminant pour l’extension et l’influence du groupe sur le continent en créant plusieurs filiales (Côte d’Ivoire, Congo, Cameroun, Burundi etc.). En 1985, il crée Africonsult, un bureau d’études économiques et financières, dont il est le Directeur général jusqu’en 2001. Il y offre du conseil économique, financier et social aux gouvernements africains, aux entreprises internationales désireuses de travailler en Afrique et pour le compte d’institutions internationales telles que l’ONU. Alpha Condé est également missionné en tant que consultant dans le règlement de conflits politiques auprès de plusieurs chefs d’état de la région.

Les années d’opposition

En 1977, dans la foulée de la rencontre tripartite de réconciliation à Monrovia entre les présidents Sékou Touré, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor, il crée le Mouvement national démocratique (MND) avec le professeur Alfa Ibrahima Sow, et d’autres membres fondateurs. Le Mouvement reste dans la semi-clandestinité jusqu’à l’instauration du multipartisme en 1991. Il se transforme, d’abord sous l’appellation l’UJP (Unité, justice, patrie), puis RPG (Rassemblement des patriotes guinéens), RPG (Rassemblement du peuple de Guinée) et pour devenir l’actuel RPG-Arc-en-ciel.

Alpha Condé rentre en Guinée en 1991, à la suite de l’ouverture démocratique du pays. Il prend part à la première élection multipartite du pays, en décembre 1993, après trente ans de régime autoritaire. Lors du scrutin, il est un des challengeurs de Lansana Conté, président du pays depuis le coup d’État en 1984. Le général Conté est déclaré vainqueur avec 51,7 % des voix tandis que les observateurs nationaux et internationaux chargés de la supervision du scrutin dénoncent un fort climat de fraude et que l’opposition conteste unanimement les résultats officiels.

Aux élections présidentielles de décembre 1998, Alpha Condé se présente de nouveau, mais il est arrêté et emprisonné. Les résultats officiels déclarent Lansana Conté vainqueur du premier tour avec 56,1 %. Alpha Condé reste en prison pendant plus de vingt mois avant que le gouvernement ne constitue une cour spéciale pour le juger. Cette incarcération soulève un fort mouvement de protestation international, d’ONG, de la société civile. Il reçoit également le soutien de chefs d’État étrangers. Alpha Condé est condamné en 2000 à cinq ans de prison pour « atteintes à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national » au terme d’un procès retentissant décrié dans la presse africaine et internationale. Il est libéré en 2001, par grâce présidentielle.

L’entrée de plain-pied dans la démocratie

À partir de la mort de Lansana Conté et de la prise du pouvoir par la junte militaire de Moussa Dadis Camara, en 2008, Alpha Condé appelle au retour d’un pouvoir civil et à la tenue d’élections transparentes. En 2010 est organisé le premier suffrage libre pour les élections présidentielles en Guinée. Le 15 novembre 2010, Alpha Condé est déclaré vainqueur du second tour de l’élection présidentielle par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) avec 52,52 % des voix, face à l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo. Cette victoire en fait le premier président démocratiquement élu de l’histoire de la République de Guinée. Il est réélu en 2015 au premier tour.